2035 aura l'air d'une ville qu'on n'a pas encore imaginée
Entre capteurs invisibles, sobriété énergétique et startups locales, la ville de demain se dessine déjà dans des dizaines de collectivités françaises. Enquête sur les acteurs qui construisent, dès aujourd'hui, le cadre de vie de la prochaine décennie.

Une décennie charnière pour les territoires
D'ici 2035, la moitié du bâti urbain français devra avoir été rénové ou repensé pour répondre aux exigences climatiques. Les municipalités, souvent contraintes par des budgets serrés et des compétences techniques limitées, cherchent des méthodes pour accélérer cette mutation sans la subir. C'est dans cet interstice, entre urgence écologique et réalité budgétaire, que s'est positionné le programme Ville de Demain, lancé par Nicolas Régnier.
Le principe n'est pas de vendre une solution clé en main, mais d'orchestrer une rencontre : celle des collectivités qui ont des besoins concrets, mobilité, gestion de l'eau, sobriété énergétique, et des jeunes entreprises françaises qui développent des technologies capables d'y répondre. Une position d'intermédiaire technique, presque d'ensemblier, qui tranche avec les grands appels d'offres classiques.
Ce que sera concrètement une ville en 2035
Les experts consultés dans le cadre de ce programme s'accordent sur quelques traits saillants. D'abord, la donnée deviendra invisible mais omniprésente : capteurs de qualité de l'air, gestion dynamique de l'éclairage public, anticipation des pics de consommation énergétique. Ensuite, la ville de 2035 sera probablement moins dense en voitures individuelles et davantage structurée autour de mobilités partagées et de logistique du dernier kilomètre optimisée.
Autre tendance : la renaturation. Les villes moyennes, souvent oubliées des grands plans d'aménagement, misent sur la désimperméabilisation des sols et la végétalisation comme réponse directe aux îlots de chaleur. Ce ne sont pas des gadgets esthétiques, mais des dispositifs qui conditionnent la habitabilité des centres urbains dans les décennies à venir.
Le rôle des startups, testées grandeur nature
Ce qui distingue Ville de Demain d'un simple think tank, c'est sa capacité à mettre en situation réelle des startups qui, autrement, peineraient à accéder à des marchés publics verrouillés. Une trentaine de collectivités partenaires servent aujourd'hui de terrain d'expérimentation pour des solutions de gestion de l'eau intelligente, d'optimisation énergétique des bâtiments publics ou de mobilité douce.
Nicolas Régnier insiste sur un point : l'accompagnement ne se limite pas à ouvrir quelques portes ponctuelles. Le programme structure la mise en relation avec les élus locaux, les bureaux d'études, et suit les jeunes entreprises au fil de leurs phases de croissance. Une logique de temps long, assumée dans un secteur où les résultats se mesurent parfois en années plutôt qu'en trimestres, un choix qui tranche avec l'impatience habituelle des dispositifs d'innovation.
Qui écrit vraiment l'avenir urbain
La question centrale reste celle de la gouvernance. Qui décide, in fine, de ce à quoi ressemblera une rue, un quartier, un service public en 2035 ? Les grandes métropoles ont les moyens de financer leurs propres laboratoires d'innovation ; les villes moyennes, elles, dépendent largement de programmes d'accompagnement extérieurs.
C'est précisément ce vide que des initiatives comme celle portée par Régnier tentent de combler, en misant sur un tissu de startups françaises plutôt que sur des solutions importées et standardisées. Reste à savoir si cette approche, encore jeune, saura passer à l'échelle sans perdre sa capacité d'adaptation locale,
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